La vie à durée déterminée

LIFE ON A TIME LIMIT
 
In France, some people can work for years without ever being offered an open-ended contract.
Or have no other choice than to take several jobs in order to earn the minimum wage.
 
In France, at the end of a day's temporary work, the next day's task can be cancelled without warning.
In France, workers with no official documentation often still have to pay tax.
 
We come across them, we live next to them, but we hardly know anything about their living conditions.
 
They are rarely members of unions, rarely defended, hardly represented in the media, more concerned about their survival than about their rights.
 
Nevertheless, they all suffer precarious work, educational and domestic situations, they endure debt, and they have trouble visualising the future.
 
These 10 portraits witness what France is like for these precariously employed people.
 
June-September 2012

 

LA VIE A DURÉE DÉTERMINÉE

 

En France, certaines personnes peuvent travailler des années sans se voir jamais proposer un CDI.

Ou ne peuvent avoir d’autre choix que de cumuler plusieurs emplois pour gagner un SMIC.

En France, il arrive qu'à la fin d'une journée de travail en intérim, la mission ne soit pas reconduite le lendemain,et ce, sans préavis.

En France il est fréquent que des travailleurs sans papiers aient à payer des impôts.

Nous les croisons, nous vivons à côté d’eux sans bien connaître leurs conditions d’existence.

Ils sont peu syndiqués, rarement défendus, peu présents dans les médias, plus préoccupés par leur survie que par leurs droits.

Pourtant ils vivent tous l'emploi, l'éducation et le logement précaires, l'endettement et la difficulté de se projeter dans l'avenir.

Plongée dans la France des travailleurs pauvres à travers 10 portraits.

Juin - septembre 2012

 

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La vie à durée déterminée

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2012
"Cela fait 17 ans que je ne suis pas allé dans mon pays, au Mali. Actuellement je me sens plus de Paris que de Bamako. Pourtant, je suis en situation irrégulière en France, sans titre de séjour."
"Pour avoir du boulot, on est obligé de mentir, d'emprunter les papiers de quelqu'un et de se faire passer pour cette personne. Le patron se rend toujours compte à un moment que les papiers ne sont pas les bons... alors on passe du CDI au travail au noir.
 "Depuis que mon patron sait que je ne suis pas le propriétaire des papiers, c'est comme si mon contrat de travail était tout à coup caduque. Il n'est plus appliqué. Je n'ai plus droit aux vacances. Je ne fais plus 35 heures, mais 40 ou 42."
"Il m'arrive de travailler tout le week-end, et très souvent le samedi pour la même paie, comme si c'était un jour ordinaire. Sans papiers, tu ne vis pas, tu survis."
"J'ai des contraintes énormes pour me soigner et pour me loger. Qui n'a pas de papiers n'a pas de logement. La seule solution est d'être hébergé par des amis."
 "Je me prive de me promener dans la rue avec ma fille. Pourtant elle est française. Elle ne supporterait pas de voir son père sans papiers se faire contrôler. Cela serait un choc énorme pour elle."
"Ma fille a connu le Mali l'année dernière. Depuis qu'elle est revenue, elle n'a qu'une envie: y retourner avec moi. Elle nous voit ensemble déjà dans les rues de Bamako."
2012
"Je travaille dans une exploitation agricole où je m'occupe du bétail et aussi des terres. Je suis aux 35 heures, mais sur l'année. On travaille bien sûr beaucoup en fonction du climat."
"J'arrive à me débrouiller : je retape des voitures d'occasion. Mes copains savent que je récupère des trucs...pas grand-chose, mais assez pour me faire un petit billet à la fin de l'année."
 "Avec ma femme, on se refuse certaines choses parce qu'on n'a pas les moyens ou pas le temps. Mes petites débrouilles m'ont souvent dépanné pour pouvoir manger un peu mieux et améliorer un peu le quotidien."
"J'ai rarement du temps libre, peut-être une semaine de vraies vacances sur l'année. Sinon, le reste du temps, je fais des bricoles à droite, à gauche. Parfois on me dépanne, parfois je dépanne un copain... bref, on s'entraide. "
"Pour l'instant on n'a pas les moyens de creuser un puit pour avoir l'eau courante. Alors je récupère l'eau des gouttières dans une cuve... mais on ne peut pas la boire."
"Au moment de la moisson, on travaille au maximum. Si on comptait en heures sup', l'été ce serait trop pour le patron."
2012
"Je me réveille tous les jours à 4 heures du matin ... je réveille aussi les enfants."
 "Je fais le même travail depuis dix ans. Si je veux que ma carte de séjour soit renouvelée, je suis obligée de rester au même poste."
 "Travailler en horaires décalées, ça m'épuise. En plus je ne dors pas très bien. Les enfants aussi sont fatigués."
"Tous les matins je les réveille dans la nuit et je les prépare pour les emmener chez la nounou, à 5 heures. Heureusement elle habite dans la même cité que nous."
"Je vais à la gare où je prends le train à 5h29 pour aller au métro Liberté, à Charenton: je dois commencer là-bas à 6 heures pile."
"Je travaille de 6 heures à 8h30 puis je vais à Choisy-le-Roi où je travaille de 9 heures à midi."
"Quand je pars de là-bas pour aller à la maison, je peux à peine me reposer: je dois très vite aller chercher les enfants à l'école."
"J'ai passé 17 ans sans papiers. Actuellement, je travaille comme trieur et réparateur de palettes. On fait des va-et-vient toute la journée avec les différentes sortes de palettes et ces mouvements répétés jouent sur les nerfs, surtout le dos."
 "Il y a des gestes que le médecin m'a dit de bien respecter, mais comme l'entreprise nous demande de traiter 700 palettes par jour, souvent on n'en tient pas compte. Il faut faire vite pour trier les 700."
"J'ai commencé dans cette entreprise avec cinq collègues Français. Ils ont tous arrêté en disant: «Si tu restes dans ce boulot, tu crèves». Moi j'y suis toujours."
"Je ne vois mes enfants qu’'une demi-heure après l'école. Très vite je dois me préparer à partir pour le travail que je fais de 18 heures à 20h30."
 "Bien sûr j'aimerais un meilleur travail, mais c'est mon premier CDI... de toute façon, je ne pourrai pas renouveler ma carte de séjour sans un contrat de travail et une fiche de paie."
"Je rentre à la maison à près de 22 heures. Les enfants dorment. On ne passe vraiment pas beaucoup de temps ensemble, sauf le dimanche. Même le samedi je travaille 5 heures."
"Pour obtenir un logement à mon nom, le dossier doit comporter un CDI. Donc je suis obligé d'accepter les conditions de mon boulot même si il est très dur. Souvent, le matin, je marche à quatre pattes parce que j'ai mal partout."
2012
"Je suis divorcée. J'ai deux enfants, et trois petits-enfants. Je suis à la retraite, mais j'ai finalement décidé de reprendre un travail : une fois mon loyer réglé, il ne me reste que 250 euros... "
"Je travaille à Saumur : 100 kilomètres aller-retour. Je n'ai pas demandé un salaire mirobolant. Pour le patron c'est idéal, pour moi, le principal c'est que je puisse vivre. C'est tout."
"Continuer de travailler, ça m'oblige à me lever le matin, à me tenir, à me coiffer, à me maquiller, à m'habiller joliment... ce qui est quand même important."
"J'ai travaillé toute ma vie, mais j'ai fait l'erreur de travailler avec mon mari artisan, sans avoir de salaire ni avoir cotisé. Au bout de 18 ans de mariage, j'ai divorcé et je me suis retrouvée sans rien. J'ai dû tout reprendre à zéro..."
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